La France, ce pays aux 400 étalons

Le 26/03/2018
 
Les étalons comme des fromages
 
A l’heure d’étudier les croisements, de choisir les étalons, de s’embarrasser de rêves de succès, la sensation de l’éleveur est quelquefois double : il y a à la fois trop et trop peu. Trop de choix dans le grand marché des étalons et des possibilités de croisement. Et en même temps, l’étrange impression que, finalement, on retrouve les mêmes acteurs, les mêmes courants de sang, les mêmes noms, toujours et toujours.
 
Si l’on se fie aux informations de la base de données du Sire, il y a 496 étalons trotteurs français actifs cette saison. Sans doute un peu moins dans la réalité. Pourquoi ? D’abord parce que certains reproducteurs encore déclarés actifs sont en fait retirés du marché ou vont l’être cette saison. On peut citer dans ce cas de figure plusieurs acteurs en bout de carrière comme Bassano (qui a sailli 6 juments en 2017), And Arifant (1 saillie l’an dernier) ou Very Happy Fellow (1 saillie en 2017). Ensuite parce que les données des dernières années fixent plutôt le nombre d’étalons représentés par leurs produits en course à 400. Pour la seule génération des 3 ans (les E), il y a à ce jour 390 sires différents qui ont vu au moins un produit en compétition. Chez les D, ils sont 411 ; chez les C, 391 ; chez les B, 391.


Génération (année naissance) Nombre d’étalons représentés par un produit ou plus en compétition
F (2015) 251
E (2014) 390
D (2013) 411
C (2012) 391
B (2011) 391
A (2010) 385
V (2009) 389
U (2008) 396
P (2003) 409
Source : parci.free.fr ; données au 21/03/2018

400 est définitivement le chiffre le plus représentatif quant aux étalons trotteurs français opérant dans l’Hexagone. 400 étalons en France, c’est beaucoup. C’est sans doute un peu moins que son nombre de fromages ; certains slogans sur l’art de vivre tricolore parlent d’un pays aux 1 000 fromages. Faisons plus et osons une assertion historique avec une fameuse citation de… De Gaulle. Lequel faisait œuvre de plus de modestie en la matière : « Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 258 variétés de fromages ? », le même parlant souvent du pays aux plus de 300 sortes de fromages… Voilà donc pour l’offre, 400 étalons, un nombre qui peut donner le tournis à l’éleveur. Le nombre, voilà un des piliers de la force du parc d’étalons français. Un nombre qui génère une forme de variété et de diversité. Encore que, sur ce point, il convient de rester prudent. Car la seconde sensation de l’éleveur reste bien qu’on retrouve souvent les mêmes sangs ou courant de sang. Les étalons aujourd’hui exempts de sangs américains (aux quatre premiers niveaux de leur pedigree) sont de plus en plus rares. Dans le haut du tableau actuel, dans les 50 premiers étalons du classement (lire en fin de cette newsletter), on ne trouve plus que Gazouillis, Prince Gédé, Jasmin de Flore, Pacha du Pont et Insert Gédé qui répondent à cette définition. Quant aux autres, beaucoup sont des dérivés des formules "Dubois", via les fondateurs And Arifant, Buvetier d’Aunou, Défi d’Aunou, et Coktail Jet, complétés d’autres apports des courants de sang de Speedy Crown (Workaholic, Speedy Somolli), de Star’s Pride (Florestan, Kimberland, Mickey Viking) et de Victory Song (Sharif di Iesolo).



Les exceptions Ready Cash et Timoko

La concentration à partir des lignées mâles précitées ne fait pas mystère. Avec la perpétuation des meilleurs éléments au sommet des classements. C’est ainsi que dans le top-10 actuel, seuls Ready Cash et Timoko ne sont pas issus d’un père ayant lui-même figuré dans le top-10. Indy de Vive pour le premier, pénalisé par sa courte carrière au haras, et Imoko, pour le second, ont évolué (et évolue toujours pour Imoko) hors du premier cercle des reproducteurs. Et donc à des prix très raisonnables. Il demeure que ces deux exceptions ont le même ascendant au rang deux, l’incontournable Viking’s Way, n°1 des étalons en son temps (1999, 2005, 2006) et père d’Indy de Vive et d’Imoko. L’anomalie n’est donc finalement que très relative.


Les B, l’année de tous les records de Ready Cash

Si l’on s’intéresse aux classements des étalons génération par génération, aucune surprise de voir Ready Cash pointer en tête dès sa première promotion, celle des A, et de manière continue depuis. C’est une première dans l’histoire moderne du trot. Jamais avant lui, le numéro 1 français n’avait assis sa domination de manière aussi prégnante et durable. Ni Love You, ni Coktail Jet, ni Chambon P. Pour tout dire, on aurait plutôt l’impression de se retrouver dans l’univers du galop avec les longues et franches dominations sur le turf international de la lignée Northern Dancer, Sadler’s Wells, Galileo. Ou, au Japon, avec l’ère Sunday Silence poursuivie par celle de son fils Deep Impact.



La génération dorée des B (Bold Eagle, Bird Parker, Brillantissime, Bugsy Malone, Blue Grass) est celle de tous les records pour Ready Cash. Jamais un étalon français n’aura atteint un tel cumul de gains pour une seule génération. 10 352 385 € pour ses seuls produits français dans les tournois hexagonaux et 11 064 905 € si l’on ajoute aux premiers les allocations décrochées en France par les produits étrangers de Ready Cash. A ce propos, quels autres étalons ont particulièrement scoré avec une génération bénie ? Depuis 1970, voici le top-20 en la matière. Souvenirs, souvenirs...


Top-20 des étalons en fonction du cumul des gains par génération en France

  Étalon Génération Nb. pdts Nb. qual. % qual. Gains totaux Gains moy./pdt Gains maxi
1 Ready Cash 2011 - B 85 61 71,80% 11 064 905 € 130 175 € 3 738 300 €
2 Love You 2004 - Q 71 59 83,10% 8 320 899 € 117 195 € 1 758 330 €
3 Viking’s Way 1997 - J 76 44 57,90% 8 206 815 € 107 984 € 4 094 982 €
4 Prodigious 2009 - V 67 53 79,10% 7 745 248 € 115 600 € 884 300 €
5 Goetmals Wood 2006 - S 84 65 77,40% 7 710 484 € 91 791 € 1 171 620 €
6 Love You 2005 - R 80 70 87,50% 7 575 477 € 94 693 € 1 591 310 €
7 Indy de Vive 2005 - R 74 33 44,60% 7 245 730 € 97 915 € 4 207 300 €
8 Jag de Bellouet 2007 - T 80 52 65,00% 6 657 458 € 83 218 € 1 010 580 €
9 Coktail Jet 2007 - T 87 67 77,00% 6 478 388 € 74 464 € 1 269 610 €
10 Ready Cash 2010 - A 84 60 71,40% 6 296 043 € 74 952 € 811 800 €
11 Coktail Jet 1999 - L 80 56 70,00% 6 240 914 € 78 011 € 1 303 897 €
12 Love You 2011 - B 73 51 69,90% 6 201 689 € 84 954 € 1 543 230 €
13 Love You 2009 - V 82 60 73,20% 5 980 315 € 72 930 € 844 420 €
14 Ténor de Baune 2005 - R 75 44 58,70% 5 874 497 € 78 326 € 3 097 980 €
15 Goetmals Wood 2003 - P 81 72 88,90% 5 864 119 € 72 396 € 812 320 €
16 Orlando Vici 2008 - U 76 56 73,70% 5 760 472 € 75 795 € 1 409 980 €
17 Ganymède 2007 - T 78 58 74,40% 5 523 825 € 70 818 € 546 300 €
18 Love You 2008 - U 75 58 77,30% 5 394 843 € 71 931 € 514 930 €
19 Imoko 2007 - T 22 10 45,50% 5 336 361 € 242 561 € 3 502 730 €
20 Coktail Jet 2005 - R 87 59 67,80% 5 278 112 € 60 667 € 813 370 €

Source : letrot.com / Données selon les gains reçus en France par tous les trotteurs au 24/03/2018

Il est primordial de rappeler que ce classement ne comptabilise que les allocations distribuées en France. C’est pourquoi Imoko ne pointe que 19e avec la génération des T (c'est-à-dire Timoko) et un total de 5 336 361 €. Seuls les gains français de Timoko (3 502 730 € contre 5 006 731 € au total) sont retenus dans ces données.
 
Tous les Groupes de 2018

Il y a eu 63 Groupes disputés en France depuis le 1er janvier 2018. 63 Groupes qui ont été remportés par des rejetons de 31 étalons différents. Parmi ceux-ci, quatre sont étrangers (Hövding Lavec, Varenne, Mago d’Amore et Super Photo Kosmos). Nulle surprise de voir Ready Cash surplomber ce classement avec 16 succès de Groupes à son actif par produits interposés. C’est aussi lui qui a eu le plus de partants différents dans les épreuves de Groupes en France, 29, dominant en la matière Love You (20) et Prodigious (18).
 
Les étalons pères des gagnants de Groupe depuis le 1er janvier 2018 en France

 
  Etalon Gains (€) Courses Vict. Pl. Produits
1 Ready Cash 2 488 600 70 16 13 29
2 Prodigious 461 940 37 6 4 18
3 Goetmals Wood 312 250 19 4 3 8
4 Pacha du Pont 216 000 4 3 - 1
5 Coktail Jet 189 020 14 3 3 6
6 Love You 528 300 33 2 5 20
7 Niky 427 900 14 2 6 6
8 Timoko 222 300 12 2 3 5
9 Qwerty 138 000 3 2 1 1
10 Hovding Lavec 90 000 2 2 - 1
11 Ubriaco 313 000 5 1 2 3
12 Gazouillis 291 860 16 1 7 6
13 Scipion du Goutier 184 800 12 1 5 4
14 Ganymède 161 800 18 1 3 10
15 Ouragan de Celland 119 650 7 1 1 2
16 Saphir Castelets 91 200 4 1 1 1
17 Varenne 88 150 8 1 1 5
18 Univers de Pan 84 000 2 1 1 1
19 Look de Star 79 450 8 1 1 6
20 Rolling d’Héripré 77 700 7 1 1 3
21 Quaker Jet 75 400 9 1 1 6
22 Redeo Josselyn 69 840 4 1 - 1
23 Quarlos 62 960 3 1 - 1
24 Singalo 56 400 2 1 - 2
25 Kepler 54 150 3 1 - 1
26 Neoh Jiel 54 000 1 1 - 1
27 Mago d'Amore 49 500 1 1 - 1
28 Duc de Jiel 40 500 1 1 - 1
29 Super Photo Kosmos 40 500 2 1 - 2
30 Quirky Jet 40 500 1 1 - 1
31 Un Amour d'Haufor 35 100 3 1 - 1
 

Au jeu des grands écarts, il faut remarquer qu’on retrouve dans ce recensement d’un côté du spectre le vénérable Duc de Jiel (avec Charmeuse Royale) et de l’autre des étalons récompensés avec des représentants de leur première production. Dans ce dernier cas de figure, on trouve Pacha du Pont (avec Davidson du Pont), Quarlos (avec Everly), Quirky Jet (avec Barry de Courtison), Univers de Pan (avec First Daidou), Ubriaco (avec Draft Life), Saphir Castelets (avec Dragon du Fresne). Cette jeunesse là est à surveiller de près.
 
Valko Jénilat, le meilleur des grimpeurs

Le Prix du Bois de Vincennes, disputé samedi 24 mars, permettait une rencontre inédite entre ceux qu’on peut considérer comme les trois meilleurs grimpeurs (de la montée de la grande piste parisienne) du moment. Ce Groupe III (qui valait assurément plutôt un Groupe II) réunissait en effet Valko Jénilat, Traders et Arlington Dream. Ce trio a construit ses plus beaux succès dans la montée, un peu comme le faisait il y a quelques années un certain Rapide Lebel. Rapide Lebel, justement, pourrait être le fil rouge de cette épreuve qu’il avait remportée en 2011. Et comme Valko Jénilat, il représentait le savoir-faire de Sébastien Guarato. Valko Jénilat a donc joué de son arme favorite, forçant l’épreuve dans la montée, à mille mètres du but pour ensuite résister au vaillant Viking Blue, un adepte de l’alternance réussie entre Vincennes et Cagnes-sur-Mer. A l’attelé, à Vincennes, le meilleur grimpeur du moment est sans doute Jalko.


Aubrion du Gers, le retour gagnant

Parmi les chevaux d’âge, l’autre fait notable de la période est le retour victorieux du champion des hongres Aubrion du Gers. À Caen, dans une épreuve un peu fourre-tout, le Prix de Cauvicourt, le fils de Memphis du Rib a dominé ses sujets avec classe et aisance. Parmi ses comparses, il y avait tout de même un lauréat de Prix d’Amérique (Up And Quick), un autre hongre surdoué (Bugsy Malone) et un titulaire de Classique (Discours Joyeux). Absent depuis le mois d’octobre dernier, et son succès dans le Grand Prix du Sud-Ouest, Aubrion du Gers annonce une nouvelle grande année. Des résultats au bénéfice de Memphis du Rib , qui ne pointe pour l’heure (au 25 mars) qu’à la 107e place nationale alors qu’il avait conclu 23e l’an dernier. Voilà justement pour conclure cette actualité du trot, vu sous l’angle de l’étalonnage, le tableau des 50 premiers reproducteurs français. Avec l’évolution de leur classement par rapport à 2017.


Top-50 des étalons français en 2018 (du 01/01 au 24/03)
(selon les gains reçus en France par les trotteurs inscrits au stud-book français)



Source : parci.free.fr



STATISTIQUES DES QUALIFICATIONS PAR ETALONS (actualisation au 26 mars)
Retrouvez l'ensemble des données chiffrées des qualifications en cliquant ici



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