Bagdad en ébullition: des manifestations massives contre l'intervention
La capitale irakienne a été le théâtre de rassemblements d'une ampleur considérable ce samedi, des milliers de personnes déversant dans les rues pour exprimer leur opposition à la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l'Iran. Un séisme politique et social qui secoue la région, exacerbé par les frappes répétées et la fragilité de l'équilibre régional.

L'appel mobilisateur de muqtada al-sadr
L'étincelle de cette colère publique a été allumée par l'appel lancée la semaine dernière par le clerc chiite Muqtada al-Sadr, figure incontournable du paysage politique irakien. Fort d'une base de supporters fidèles, estimée à plusieurs millions, il a exhorté les Irakiens, au-delà des clivages sectaires, à se faire entendre. L'objectif : dénoncer ce qu'il qualifie d'“agression américano-israélienne” et réclamer une paix régionale durable. Sadr, maître dans l'art de mobiliser les foules, a insisté sur le caractère pacifique et organisé des manifestations, imposant même un code vestimentaire : le drapeau irakien seul, symbole d'unité devant transcender les appartenances.
Depuis le 28 février, date du début de l'offensive conjointe américano-israélienne, l'Irak se trouve au cœur de la tempête, malgré son statut de pays officiellement neutre. Les frappes américaines et israéliennes ont déjà visé plusieurs positions des Forces de Mobilisation Populaire (FMP), une coalition hétéroclite de milices, majoritairement chiites et proches de l'Iran. Ces FMP, intégrées à l'armée irakienne, se trouvent pris entre le marteau et l'enclume, coincées dans un conflit qui les dépasse.
Mais la situation est encore plus complexe. Plusieurs milices pro-iraniennes, telles que Kataib Hezbollah, ont riposté en lançant des drones et des roquettes contre des bases militaires et des installations diplomatiques américaines présentes sur le sol irakien. Un jeu dangereux, où les lignes se brouillent et où le risque d'escalade est omniprésent. Le nombre de victimes civiles, bien que difficile à évaluer avec précision, suscite de vives inquiétudes.
Le paradoxe est cruel : l'Irak, pays meurtri par des décennies de conflits, se retrouve à nouveau au premier plan, pris au piège d'une confrontation géopolitique qui menace sa stabilité et son avenir. Les manifestations de Bagdad sont le reflet de cette frustration et de cette peur, un cri d'alarme lancé à la communauté internationale. La patience des Irakiens, déjà mise à rude épreuve, semble toucher à sa fin.