Bolivie : des révélations explosives sur le trafic de cocaïne et des accusations de corruption
La Bolivie est secouée par une série de révélations concernant le trafic de cocaïne et des allégations de corruption au sein de ses propres forces de l'ordre. Alors que le nouveau gouvernement de Rodrigo Paz tente de redorer l'image du pays, les chiffres officiels et les témoignages convergent vers une réalité alarmante : la production de cocaïne bat des records et l'éradication des cultures de coca est au plus bas.
Un plan d'action intensif, mais des résultats mitigés
Entre le 1er et le 3 avril, le Viceministère de la Défense Sociale et des Substances Contrôlées, dirigé par Ernesto Justiniano, a mené l'opération “200 : pour nos familles, la Bolivie et notre avenir”. Cette initiative, déployée dans cinq régions clés (Santa Cruz, Cochabamba, La Paz, Tarija et Beni), a permis la saisie de 300 kilogrammes de drogue, dont plus de 176 kilogrammes de marijuana, 100 kilogrammes de cocaïne base et 21 kilogrammes de chlorhydrate de cocaïne. Quatre laboratoires de transformation de cocaïne ont été démantelés dans la région du Trópico de Cochabamba, et d'importantes quantités de produits chimiques, notamment 2 000 litres d'essence, ont été détruites.
Mais la réalité est plus sombre que ne le laissent entendre les communiqués officiels.

Des policiers compromis et un potentiel de production effrayant
L’affaire s’est envenimée avec la découverte d'irrégularités lors de la pesée et de l’incinération des substances contrôlées. Deux officiers de la Fuerza Especial de Lucha Contra el Narcotráfico (FELCN), gradés sergents, ont été appréhendés à Cotoca, dans le département de Santa Cruz, alors qu'ils manipulaient de la drogue destinée à l'incinération. Ils sont actuellement détenus et risquent 180 jours de détention préventive. Ce scandale met en lumière une corruption potentiellement profonde au sein des forces chargées de lutter contre le trafic.
Ernesto Justiniano, le viceministre, a lui-même révélé un chiffre stupéfiant : la Bolivie pourrait produire jusqu'à 300 tonnes de cocaïne par an, surpassant largement les estimations des organisations internationales antidrogue qui tablaient sur 200 tonnes en 2024. Le responsable pointe du doigt le manque d'éradication des cultures de coca, qui a permis une expansion exponentielle de la production. L'année dernière seulement 2 700 hectares de plantations ont été détruites, face à une culture qui s’étend de 10 000 hectares chaque année.

Un équilibre fragile entre légalité et trafic
Actuellement, la Bolivie compte 40 000 hectares de coca, dont 22 000 hectares officiellement autorisés par une loi de 2017 issue du gouvernement d'Evo Morales. Le nouveau gouvernement de Rodrigo Paz ambitionne d’éradiquer 10 000 hectares par an pour rétablir un équilibre. Mais Justiniano souligne que dans la région du Trópico de Cochabamba, considérée comme un bastion politique et syndical de Morales, la moitié des 15 000 hectares de culture de coca se trouvent en dehors du cadre légal. Un chiffre alarmant qui laisse entrevoir l'ampleur de la tâche qui attend le nouveau gouvernement.
Selon les estimations des autorités boliviennes, 92% de la production de coca dans cette région finissent sur les marchés illégaux.
Une nouvelle étude, financée par la coopération internationale, est en cours pour obtenir des données plus précises sur la production et les facteurs de conversion de la feuille de coca en cocaïne. La lutte contre le trafic de cocaïne en Bolivie s'annonce longue et complexe, avec des défis considérables à relever, tant sur le plan opérationnel que sur le plan politique.