Colombie : petro accuse l'espionnage de de la espriella par les services de renseignement
L’accusation est grave, lancée avec la virulence qui caractérise Gustavo Petro : le président colombien a affirmé sur X (anciennement Twitter) que des informations de renseignement lient son rival Abelardo de la Espriella à des entrepreneurs liés au contrat controversé des passeports. Un séisme politique qui ouvre une nouvelle crise de confiance dans un pays déjà tendu par les élections à venir.
Le nœud du problème : les frères bautista et le système de passeports
Au cœur de cette tempête médiatique, on retrouve les frères Bautista, propriétaires de la société Thomas Greg & Sons, chargée de l'expédition des passeports. Petro accuse ces derniers de ne pas avoir rendu les clés numériques (PIK) permettant de récupérer les données des utilisateurs. Une information cruciale pour comprendre les défaillances et les fraudes constatées dans le système. Mais l’accusation du président va plus loin : il affirme que des conversations entre les frères Bautista et De la Espriella suggèrent un échange de ce PIK contre la promesse d'algorithmes favorisant la victoire du candidat à la présidence.
Cette allégation, relayée par plusieurs médias, a provoqué une levée de boucliers chez les opposants. Germán Calderón, avocat de De la Espriella, dénonce une tentative d’intimidation et exige des clarifications sur l’utilisation potentielle des services de renseignement à des fins politiques. “Grave nouvelle : le gouvernement pourrait chuzer Abelardo de la Espriella”, a-t-il écrit sur X, sous-entendant une surveillance illégale.

Doutes, accusations et appel à la transparence
D’autres voix s’élèvent pour exprimer leurs inquiétudes. Vicky Dávila, également sur X, a posé la question directe : “Petro, espionnez-vous le candidat Abelardo de la Espriella et l’ex-président Iván Duque ?”. L'avocat Víctor Muñoz insiste sur la nécessité de savoir si la Direction Nationale d'Intelligence (DNI) et l'Unité de Lutte contre le Blanchiment d'Argent (UIAF) sont utilisées pour profiler les opposants. La sénatrice María Fernanda Cabal pointe du doigt l'absence de dénonciation formelle de la part de Petro, malgré ses allégations.
Victor Mosquera, avocat de la famille Miguel Uribe Turbay, n’hésite pas à qualifier ces interceptions de “gravissimes” et les relie à d'éventuelles persécutions politiques. Le sénateur Germán Rodríguez y voit un “abus de fonctions publiques” et un “espionnage politique”.
Même Martha Lucía Ramírez a pris la parole, accusant Petro de recourir à la technique de la “cortina de humo” pour détourner l’attention des problèmes réels. Paloma Valencia, dans une lettre ouverte adressée au président, met en garde contre le dangereux précédent que ces accusations pourraient créer pour la démocratie colombienne. Elle insiste sur la nécessité de transparence et de respect des garanties légales.

Appels à l'aide internationale et à la probité
Face à cette escalade, des voix s'élèvent pour demander une enquête indépendante et la protection du candidat Abelardo de la Espriella. Jaime Andrés Beltrán a exprimé sa crainte que le président n'utilise la machine de l'État pour menacer la sécurité du candidat et de sa famille. Le sénateur Mauricio Gómez Amín appelle la communauté internationale, et notamment les États-Unis, à accompagner cette enquête et à garantir la transparence du processus électoral.
Marco Acosta, quant à lui, souligne l’absence de preuves concrètes étayant les accusations de Petro, et dénonce l’utilisation de l'État pour semer la peur et la confusion. La saga des passeports colombiens, déjà complexe, prend une tournure rocambolesque avec ces révélations explosives. La colombie retient son souffle, attendant de voir si ces allégations trouveront un écho probant ou resteront un simple feuilleton politique.