Ladilla rusa : « l'indifférence face à l'extrême droite est un aveuglement dangereux »
Tania Lozano et Víctor F. Clares, les figures exubérantes de Ladilla Rusa, ne plaisantent plus avec l'ascension fulgurante des mouvements d'extrême droite. Au-delà de leurs tubes festifs, le duo catalan s'insurge contre une complaisance qu'ils jugent inacceptable, appelant les artistes à prendre position sans ambiguïté : « Nous ne pouvons pas rester neutres. »
Un engagement artistique assumé
« En tant qu'artistes, nous avons une plateforme, une voix qui résonne », affirme Lozano, la chanteuse au verbe direct. « Il n'est plus temps de se terrer. Il faut s'engager, se positionner. » Pour Víctor F. Clares, la réponse est claire : « Ignorer l'ampleur de la menace fasciste serait une faute impardonnable. Il faut la combattre activement. » Le groupe, connu pour son humour décalé et son énergie communicative, ne cache rien de son aversion pour les discours haineux. Ladilla Rusa n'est pas seulement un groupe qui fait la fête ; c'est aussi une plateforme de dénonciation, une tribune pour la justice sociale.
Leur musique, un mélange explosif de « tecnorumba », de rock, de punk et même de tarentelle napolitane, est un reflet de leur identité plurielle. Derrière l'apparente légèreté de leurs textes, se cachent des revendications profondes, comme le dénonce leur titre phare, « ¡Qué ladilla ! », qui dénonce le blanchiment des idéologies fascistes, intrinsèquement machistes et racistes. Lozano précise : « Nous nous autorisons à tout, à l'humour le plus trash, à la provocation, mais toujours avec un objectif : dénoncer les injustices et défendre les valeurs qui nous sont chères. »

Des racines populaires, un regard critique
Le succès de Ladilla Rusa n'est pas le fruit du hasard. Le duo, qui s'est connu dans les quartiers populaires de Montcada i Reixac, en périphérie de Barcelone, a su capter l'esprit rebelle et l'humour grinçant d'une génération désenchantée. Lozano souligne : « Nous sommes des garrulos, pas des pijos. Nous nous identifions à ceux qui vivent dans les rues, à ceux qui n'ont pas peur de s'exprimer. » Leur musique est le produit de leur expérience, le fruit d'un regard critique sur la société espagnole.
Après deux albums acclamés, « Estado del malestar » et « Costumbrismo mágico », Ladilla Rusa multiplie les sorties de singles, à l'image de leur dernière création, « TKM CNT XFA », une « tecnorumba » nostalgique inspirée des années 2000. Le groupe privilégie désormais la qualité à la quantité, investissant massivement dans des clips vidéo originaux et percutants. Leur « Tiroriro Tour » les mènera à travers une vingtaine de villes espagnoles, et leur passage au festival Sonorama à Aranda de Duero, un rendez-vous incontournable, confirme leur statut d'actes majeurs de la scène musicale espagnole.
« Notre musique, c'est de la pop avec beaucoup de rire et de mauvaise foi », résume Lozano, consciente de l'originalité de leur démarche. « Nous faisons ce que l'on a envie de faire, sans nous soucier des tendances du marché ou des pressions de l'industrie. »