Zamora: le 'dos y pingada', rituel gastronomique d'une résurrection
Zamora s'est achevée sur une semaine de Pâques vibrante, ponctuée par une tradition aussi simple que révélatrice : le 'Dos y Pingada'. Plus qu'un repas, c'est un rituel, une fenêtre ouverte sur l'âme de cette ville castillane, où le retour du Christ se célèbre avec un appétit gargantuesque et une histoire passionnante.

Un héritage culinaire des costaleros
L'origine du 'Dos y Pingada' est ancrée dans le labeur des costaleros, les porteurs de la statue du Jésus Ressuscité et de la Vierge de la Alegría. Au terme des processions du dimanche de Pâques, ils se rendaient autrefois dans les deux bars emblématiques du quartier de la Horta, le Virgen en Herminia et le Jesús Resucitado en Oviedo's, pour refaire le plein d'énergie. Santos Manjón, le propriétaire de ce dernier établissement, témoigne : « C'est là que tout a commencé, une simple pause pour les porteurs, une façon de célébrer la fin de la procession. »
La formule est d'une simplicité désarmante : deux œufs frits, deux tranches épaisses de jambon serrano, légèrement caramélisées à la poêle, et une tranche de pain. Un plat calorique, certes, mais porteur d'une histoire, d'une communauté, d'une tradition qui s'est transmise de génération en génération. Au début du XXIe siècle, le bar Liberten servait jusqu'à 300 de ces repas lors de la procession, le prix à l'époque étant de 1000 pesetas, limitant sa consommation au quartier.
Aujourd'hui, bien que les quantités aient diminué, le 'Dos y Pingada' est devenu un incontournable de la Semana Santa zamorane. La popularité est telle que le bar Liberten a dû étendre sa terrasse pour faire face à l'affluence. Plus qu'un simple plat, c'est un symbole de la convivialité et de l'esprit communautaire de Zamora.
L'engouement pour cette fête a connu un regain d'intérêt ces dernières années, et la municipalité a réagi en organisant un concert sur la Plaza Mayor, permettant ainsi de prolonger les célébrations au-delà du repas. David Gago, conseiller à la Promotion Économique, rappelle que le dimanche de Pâques était autrefois célébré avec des défilés de chars, une tradition que la ville ambitionne de ressusciter, même si, pour l'instant, le concert demeure la principale manifestation de cette fête.
Le 'Dos y Pingada' est également intimement lié à la fin du Carême, une période d'abstinence de la consommation de viande. La célébration du dimanche de Pâques symbolise donc le retour à la table garnie et à la joie de vivre. La tradition, initialement cantonnée au quartier de la Horta, s'est aujourd'hui étendue à toute la ville, avec la quasi-totalité des restaurants proposant ce plat typique le dimanche de Pâques.
L'authenticité du 'Dos y Pingada' réside dans sa simplicité, dans son histoire, et dans le sentiment de partage qu'il procure. Un geste simple, un repas rustique, mais un héritage culturel riche d'une Zamora qui se souvient de ses racines.